Syndrome du "Je le sais mais..."

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Au fil de mes années d'enseignement, j'ai réalisé que pour plusieurs étudiants, les mots "étudier" et apprendre "par cœur" étaient des synonymes. Par exemple, il se peut que vous soyez capable d'apprendre un texte de quelques pages en le lisant plusieurs fois de façon à vous faire une image photographique ou sonore de ce que vous voulez apprendre et retenir. Si tel est le cas, il se peut que vous accumuliez de cette façon des tas de connaissances sans trop vous préoccuper de comprendre ce que vous apprenez, c'est-à-dire sans prendre le temps de donner un sens précis aux nouvelles informations que vous étudiez. Cette façon d'apprendre "par coeur" vous permet d'emmagasiner une somme raisonnable d'informations dans un délai relativement court. Le problème, c'est que ce n'est rentable qu'à court terme pour passer votre examen et non pas à long terme, pour acquérir des connaissances solides.

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Si vous apprenez "par cœur", vous devez souvent attendre la veille de l'examen pour commencer une étude sérieuse ou, à tout le moins, vous devez faire un "sprint" de quelques heures pour mémoriser rapidement la matière à la dernière minute afin de ne pas risquer de trop en oublier avant l'examen. Par analogie, on peut dire qu'apprendre "par cœur", c'est déposer chaque nouvel élément de connaissance dans un petit "tiroir" de la mémoire étiqueté au nom de la discipline étudiée ( biologie, français, philosophie ou chimie, etc.). Le petit tiroir reste généralement ouvert jusqu'à l'examen, mais il se ferme aussitôt que l'examen est terminé . . . question de ne pas avoir la tête grosse comme ça!

wpe7D.jpg (7969 octets) Je vois souvent des étudiantes prises de panique à la fin d'une session où tous les examens sont condensés durant une même semaine. Quand on apprend "par cœur ", le fait d'étudier deux ou trois matières en même temps génère beaucoup de stress et d'angoisse parce que, bien que souvent inconsciemment, tout ce qui a été appris a été empilé sans ordre dans un même gros tiroir de la mémoire.

 

J'ai aussi quelquefois l'impression que certaines étudiantes utilisent leur cerveau comme un grand tableau de classe. On peut écrire sur un tableau toutes sortes d'informations différentes, mais lorsqu'il est plein, la seule façon d'y inscrire autre chose, c'est d'effacer. Peut-être avez-vous déjà eu cette impression que si vous continuez d'étudier de nouvelles informations, ces dernières vont effacer celles que vous savez déjà pour prendre leur place dans votre mémoire. En fait, la mémorisation, ou apprendre "par cœur", représente la première étape de l'apprentissage. Le problème, c'est qu'il ne faut pas en rester là.

 

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Durant les périodes d'examen, il vous est probablement déjà arrivé ce que l'on appelle couramment des "blancs de mémoire"; ceux-ci, trop souvent attribués au grand stress des examens, pourraient bien être plutôt causés par une démarche d'apprentissage déficiente. De plus, quelques semaines, voire quelques jours à peine après un examen, vous avez peut-être réalisé que c'est souvent une large partie du sujet étudié qui a disparu de votre mémoire. Vous pensez alors avoir perdu l'information parce que vous ne vous en souvenez plus. C'est ce qu'on appelle "l'oubli".

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 Il importe que vous compreniez bien ici que l'oubli n'est pas une absence de connaissances mais bien une incapacité de votre cerveau à retracer l'information que vous avez enregistrée par mémorisation. Cette incapacité peut, dans certains cas, être totale mais, dans bien des cas, l'information peut refaire surface, cette fois-ci enrobée d'un nuage nébuleux qui vous empêche la plupart du temps d'avoir une idée claire de ce que vous essayez de vous souvenir. Par exemple, cette situation si souvent vécue où le professeur vous pose une question et que vous vous sentez habité par la réponse, "oui, oui, je le sais, attends un peu..."; vous le savez, mais quelque chose d'impalpable vous empêche de le dire, les mots ne vous viennent pas, vous avez l'impression que tout va trop vite dans votre tête et que vous ne pouvez rien saisir de concret. C'est à ce moment que les seuls mots qui vous viennent à l'esprit sont "Je le sais, mais..." C'est ce que j'appelle

 le syndrome du "je le sais mais..."

Le problème est que lorsque vous mémorisez des informations, vous ne prenez pas toujours le temps de leur donner un sens précis de sorte qu'elles forment des îlots isolés d'informations lesquelles, après un certain temps, ne peuvent plus être retracées dans votre mémoire à long terme. "Ne pas prendre le temps de donner un sens précis aux informations" signifie que les informations ne sont pas classées, comparées et que des liens logiques entre les différents éléments d'informations ne sont pas établis. On peut comparer l'effet de la mémorisation comme unique moyen d'apprendre à une situation où l'on demanderait à quelqu'un de trouver un livre spécifique dans les rayons d'une bibliothèque qui comprendrait quelques millions de volumes mais qui ne possèderait aucun système de classification. Ainsi, lorsque vous ne donnez pas un sens précis aux nouvelles informations que vous recevez en les apprenant tout simplement "par cœur", vous devenez, à ce moment-là, un sujet propice à l'oubli ou encore au syndrome du "je le sais, mais... ". Le fait de se souvenir ou de se rappeler d'une information ne signifie donc pas que celle-ci doive émerger instantanément de votre mémoire comme un polichinelle de sa boîte à surprise mais que vous puissiez y accéder par la réflexion.

De plus, mon expérience dans l'enseignement me permet d'affirmer qu'apprendre "par cœur" ne permet que très rarement d'utiliser ce qui a été appris dans un contexte autre que celui dans lequel on l'a appris. Autrement dit, on est rarement en mesure de réutiliser ce qu'on est supposé connaître pour comprendre de nouvelles notions et de les organiser dans sa mémoire afin qu'elles résistent à l'oubli.

Dans le contexte de la formation en soins infirmiers, cette affirmation est d'une importance capitale parce que les connaissances de biologie seront reprises à l'intérieur de situations spécifiques en soins infirmiers, situations généralement différentes de celles où s'est fait l'apprentissage, soit celles des cours de biologie. Il vous faut donc prendre conscience dès maintenant de l'importance de comprendre la biologie et non pas juste de l'apprendre "par cœur" afin de vous préparer une base solide qui pourra servir d'assise pour votre formation en soins infirmiers. En conséquence, si vous êtes de celles qui croient que la biologie est une science de "par cœur", il vous faudra rapidement changer votre fusil d'épaule.