Participation du pancréas dans la digestion

Comme nous l'avons vu dans la partie anatomie du pancréas, celui-ci comprend différents types de cellules qui produisent des sécrétions endocrines et des sécrétions exocrines.

La partie exocrine du pancréas produit deux types de sécrétions : l'une riche en bicarbonates de sodium et l'autre en enzymes digestives. Ces sécrétions exocrines s'écoulent dans le canal pancréatique qui rejoint le canal cholédoque en provenance du foie pour ensuite se déverser dans le duodénum au niveau de l'ampoule de Vater. Ce canal mixte s'insère dans le duodénum à peine 7 à 10 mm sous le pylore. Un sphincter appelé sphincter d'Oddi ou sphincter de l'ampoule hépato-pancréatique contrôle l'entrée des sécrétions provenant du foie et du pancréas dans le duodénum.

 
Tiré de Anthony and Thibodeau aux éditions Mosby

La sécrétion de bicarbonates est un processus actif. En 24 heures, le pancréas déverse environ 2 litres de bicarbonates dans le duodénum. Cette substance très alcaline a pour fonction de neutraliser l'acidité du contenu gastrique fraîchement arrivé dans le duodénum. Cette neutralisation est essentielle étant donné que la majorité des enzymes intestinales et pancréatiques sont inactives en condition acide. La digestion ne pourrait donc pas se poursuivre efficacement sur les protides, glucides et lipides si le pancréas ne pouvait, pour une raison particulière, fabriquer et libérer en quantité adéquate sa sécrétion de bicarbonates. Il semble que la ville, ses horaires, son rythme et le stress engendré par une vie trépidante favorise une hypersécrétion d'acide chlorhydrique de la part de l'estomac, particulièrement entre les repas. Cette hypersécrétion d'acide rendrait par ricochet le duodénum très acide et les bicarbonates pancréatiques ne suffiraient pas à la tâche pour neutraliser cette acidité. Une irritation de la muqueuse duodénale est alors presque inévitale et l'ulcère s'en suit. Ainsi, lorsqu'une personne ressent des "brûlements d'estomac" (qui sont en fait beaucoup plus souvent duodénal), elle prend des anti-acides (Rolaids qui neutralise 47 fois son poids d'acide !), cette personne  neutralise ainsi artificiellement l'acidité gastrique qui occasionne ses sensations de brûlures, ceci exactement comme auraient dû le faire ses propres bicarbonates.

La majorité de la digestion des polypeptides en acides aminés, des polysaccharides en sucres simples et des triglycérides en acides gras est réalisée par les enzymes digestives sécrétées par le pancréas. À ce titre, il est donc normal de retrouver dans le suc pancréatique des enzymes telles que des peptidases, des amylases et des lipases, ainsi que des nucléases. La plupart des enzymes pancréatiques sont sécrétées sous forme inactive tout comme le pepsinogène dans l'estomac; ceci a pour but de prévenir la digestion des cellules qui les forment. Les enzymes ne deviennent actives que dans le duodénum seulement. Leur activation accidentelle dans le tissu pancréatique entraîne généralement la destruction du pancréas. Par exemple, le blocage du canal pancréatique par un calcul et l'accumulation subséquente des enzymes digestives dans les canaux du pancréas peuvent activer la principale enzyme pancréatique, la trypsine, qui, à son tour, peut activer toutes les autres enzymes pancréatiques. Le résultat d'une telle situation est la destruction rapide des cellules fonction­nel­les du pancréas, ce qui conduit à la pancréatite aigu. Il semble que la surconsommation d'alcool entraîne des transformations pathologiques dans le pancréas qui facilitent l'apparition d'une pancréatite.